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Il y a urgence à répondre aux grossièretés
professées ici et là par Sarkozy et sa majorité. Qu’entendons-nous depuis presque six mois, à chaque sortie présidentielle ? Que la crise de compétitivité de l’économie française et son
pendant, la fuite en avant de l’endettement public, sont dus aux 35 heures du gouvernement Jospin. En clair, la réduction du temps de travail serait la mère de tous nos malheurs.
Au-delà de la polémique entretenue par la droite pour masquer ses propres errances durant le quinquennat, il est important de rappeler quelques réalités objectives liées aux 35 heures.
Ecoutons ce que nous répètent en boucle Sarkozy et sa majorité. D’abord, si on en croit le président-candidat sortant, cette politique de réduction du temps de travail serait un «cas unique dans le monde». Certes, une grande partie de nos voisins fixent leur durée du temps de travail non pas par la loi, mais par la convention collective. Mais, en Allemagne, plusieurs branches - notamment la métallurgie (et donc l’automobile) - ont par exemple fixé le temps de travail à 35 heures. Nicolas Sarkozy a dû oublier qu’en 1997, à l’époque de la mise en place de la réduction du temps de travail, les ouvriers de Volkswagen travaillaient en moyenne 32 heures, via la semaine de quatre jours. Faut-il rappeler que cette mesure, prise au moment ou le constructeur automobile était au bord de la faillite, a permis de sauver des dizaines de milliers d’emplois et a surtout posé les conditions de son retour en grâce sur le marché européen ? Encore plus cocasse, un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) précise que, si la durée du temps de travail en France a bien baissé en rythme annuel de 1% par an entre 1998 et 2004, en Allemagne elle a aussi diminué de 0,9% par an. Ce qui n’a pas empêché cette dernière de dégager chaque année un abyssal excédent commercial. Comme quoi la compétitivité d’une économie n’a pas grand-chose à voir avec la durée effective du temps de travail. Il est grand temps que les français sachent une fois pour toute que la France n’est pas la championne du monde du «travailler moins». Si l’on en croit l’OCDE, organisme pas franchement gauchiste, les salariés français ont travaillé 1 469 heures en 2009, soit plus que l’Allemagne (1 309 heures), pourtant vanté comme notre modèle de référence, les Pays-Bas ou la Norvège. Ces deux derniers pays affichent par ailleurs un taux d’emploi parmi les plus élevés au monde.
L’autre mensonge sarkozyste consiste à dire que les RTT auraient instillé une défiance à l’égard du travail dans la conscience collective française. C’est oublier que les seules lois Aubry I et II ont remis au travail des milliers de Français en créant (hors croissance) 350 000 emplois entre 1998 et 2002 (une évaluation de l’Insee qui n’a été contestée par aucun organisme sérieux). Pour donner un ordre de grandeur, entre 2004 et 2007, la croissance de l’économie française a suscité, elle, la création de 579 000 postes. Par ailleurs, cette image de la France oisive ne correspond à aucune réalité statistique. Toujours selon l’Insee, la productivité horaire du salarié français était en 2004 de 16,5% supérieure à la moyenne de l’Europe des Quinze, contre un écart déjà positif de 11% en 1996. Conclusion de l’Insee : «La mise en œuvre de la réduction du temps de travail s’est accompagnée de modifications dans l’organisation du travail visant une meilleure productivité.» Dans bien des grands groupes français, notamment industriels, le passage des 35 heures s’est accompagné d’un vrai compromis social : la baisse du temps de travail s’est négociée contre un accord de flexibilité (avec un temps de travail annualisé) et de modération salariale.
C’est le troisième mensonge de la majorité. Non seulement les 35 heures expliquent notre déficit de compétitivité, mais en plus elle est la grande responsable des salaires qui stagnent et donc de la baisse du pouvoir d’achat. Quels propos contradictoires !
Les 35 heures peuvent difficilement être accusées en même temps d’augmenter les salaires et de pénaliser le pouvoir d’achat. La réalité est plus subtile : entre 2000 et 2005, les salariés du secteur privé ont vu leur salaire augmenter péniblement de 0,5% par an alors que la croissance annuelle du PIB a été de 1,6% par an. Principalement à cause des accords de modération salariale et de la remontée du chômage. L’autre élément est que les lois Aubry ont poussé à une harmonisation des différents Smic, qui ont conduit à leur très forte revalorisation. On le sait peu, mais les smicards font partie des salariés qui ont vu leurs revenus croître le plus ces dernières années, grâce au passage aux 35 heures. Une augmentation tuée dans l’œuf à cause de la vie chère.
Les français sont attachés à la politique des 35 heures car elle est devenue un véritable acquis social. Bien sûr qu’il reste quelques réglages à faire dans les hôpitaux, et chez les ouvriers afin que cette mesure soit équitablement bénéfique. Mais de là à laisser pérorer Sarkozy et sa majorité… «Il ne faut pas exagérer, on ne peut pas dire que les 35 heures dans le privé soient aujourd’hui un vrai problème pour l’économie française. Puisque la réduction du temps de travail a été presque partout compensée par des accords de modération salariale.» Qui confessait cet aveu, il y a quelques semaines à peine ? Un dirigeant socialiste ? Un syndicaliste ? Un économiste de gauche ? Non, un des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Alors, quand on dit que la droite nous ment…
PS : je vous souhaite en même temps mes meilleures pour cette année 2012.